Y a-t-il une Génération « médias sociaux en entreprises » ?

L’impact des jeunes recrus issus de la Génération Y (définis comme étant les personnes nées après 1980) sur l’usage des médias sociaux en entreprise est un débat récurrent depuis quelques années. Responsables d’équipes, experts en organisations et médias se posent toujours les mêmes questions : y a-t-il des différences culturelles et/ou technologiques entre les salariés existants et les nouveaux arrivants depuis 2005 telles que décrites dans cet article ?

Une génération numérique

« La Génération Y n’est plus à même de répondre au mode de management classique tel qu’on le connaît encore dans la plupart des entreprises, de type « je commande et je contrôle » » précise Jordan Kaplan, professeur associé à l’Université de Long Island à Brooklyn. « Ils ont grandi en questionnant leurs parents, et maintenant c’est au tour de leurs employeurs. Ils ne savent pas se retenir, ce qui est une bonne chose, mais cela aggrave le sentiment de perte de contrôle des managers de 50 ans et plus qui ne connaissent que la règle du « fais le et fais le maintenant » ».

De plus, les Gen Y sont aussi des « natifs numériques » : il ont grandi avec les MP3 et leur iPod, téléchargent de la musique et des films, regardent YouTube et utilisent des cartes mémoires en lieu et places des pellicules photographiques. Plus de 90% d’entre eux sont sur internet, et 75% ont un compte sur un réseau social.

Cette génération arrive donc dans la vie active, ce qui n’est pas sans générer quelques craintes dont l’inadaptation de ces nouveaux entrants avec les structures en place.

Car, non seulement cette génération prend des libertés avec sa hiérarchie et les rapports qu’elle entretient avec ses supérieurs, mais elle croit de plus au partage de l’information et à l’entraide communautaire, n’hésitant pas à aller la chercher auprès de ceux qui la détiennent. Leur logique est celle du réseau, de l’efficacité connectée. Pourquoi s’encombrer de silos informationnels, d’organigrammes et de circuits décisionnels quand il est possible de faire mieux et plus vite en allant directement chercher les réponses et solliciter les bonnes personnes ?

Comme ils sont à l’aise avec les technologies – notamment web – ils sont agnostiques quant aux solutions à utiliser, et ne comprennent pas que l’on puisse les restreindre à des « applicatifs officiels » alors que leur navigateur internet leur ouvre le champ de tous les possibles.

L’exemple typique, et presque caricatural, est l’usage d’e-mails personnels pour un but professionnel : parce que l’outil en ligne est plus simple, plus rapide et plus souple (pas de problème de limitation de pièce jointe par exemple), pourquoi s’encombrer de passer par les serveurs de l’entreprise ? Quant aux réseaux sociaux, ils sont constamment connectés dessus, que ce soit sur leur ordinateur ou sur leur Smartphone quand l’accès est restreint depuis le Système d’Information.

Il n’est donc pas surprenant de voir poindre, dans le même mouvement, la notion d’Entreprise 2.0. En introduisant au sein des organisations professionnelles des capacités de réseautage, c’est toute l’organisation du travail qui s’en trouve bouleversée. C’est aussi une manière de répondre aux attentes et aspirations de cette jeune génération.

Une adoption plus massive qu’on ne croit

Mais comment est ce que les générations précédentes – et notamment celle des Baby Boomers – appréhendent cette révolution 2.0 ? Se sentent-ils délaissés ou proche du bord de la route car ils ne sont pas familiers avec des concepts, outils et usages ?

Surprise : ce n’est pas forcément le cas. La simplicité et les valeurs des « technologies sociales » créent un espace d’expression bien au-delà de la Génération Y. Par exemple, savez-vous que l’âge moyen des utilisateurs de Facebook aux Etat-Unis est de 38 ans et plus ? Pew Research Center a d’ailleurs publié cette courbe qui montre l’adoption en masse des réseaux sociaux grand publics.

Plus globalement, une étude du cabinet Pingdom montre que les médias sociaux ne sont pas dominés par les membres de la Génération Y. Ils sont même plutôt investis par les générations plus anciennes, celles qui sont en position de management en entreprise !

Bien sur ces distributions de chiffres varient d’un site à un autre mais la tendance globale est celle-ci.

Vers une génération « médias sociaux en entreprises » ?

On pourrait donc penser voir émerger une génération « médias sociaux en entreprises ». Plusieurs points sont à prendre en compte :

-       Les managers d’aujourd’hui ne doivent pas différer l’adoption de ces outils 2.0 sous couvert de méconnaissance de leurs bienfaits réels : ils sont une alternative aux méthodes de travail vieilles de 40 ans comme l’e-mail.

-       Il ne faut pas confondre médias sociaux grand public et professionnels : si la mécanique reste la même (partage d’informations par et pour les utilisateurs), la finalité diffère : fun et informelle sur Facebook, productive et collaborative sur blueKiwi.

-       Ne pas ghettoïser l’usage de ces outils 2.0 à la seule Génération Y : les chiffres ci-dessus prouvent que tout le monde est concerné et utilisateur potentiel. Encore faut-il expliquer ces nouveaux usages, et prendre appui sur les plus “à l’aise” (et ce n’est pas une question d’âge) pour emporter l’adhésion de tous et surmonter des résistances naturelles. Sur ce dernier point, le rôle du management est déterminant, et il faut qu’il soit convaincu du bien fondé de cette évolution.

Mais ne nous trompons pas d’objectif. Centrer le débat sur la technologie ou les usages n’a pas de sens si l’on n’a pas en arrière-plan les différences fondamentales de perception du travail par chaque génération. Et elles sont plus nombreuses qu’on ne le croit.

Envisager les outils 2.0 comme un trait d’union inter-générationel : voilà certainement  une vision ambitieuse, novatrice et juste.


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